J’ai profité de ma semaine de vacances pour lire ou relire mes classiques. J’ai dévoré La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett (The Help en VO) et j’ai recommencé la série du Trône de Fer en français. Cela m’a amenée à réfléchir sur l’éthique du traducteur.

Vous le savez peut-être déjà, mais la traduction de Jean Sola a donné lieu à de nombreuses polémiques : non-respect du texte original, mépris pour l’auteur, traductions hasardeuses, fautes d’accords grossières… Le traducteur a cessé de travailler sur la série suite à un différend avec la maison d’éditions Pygmalion.

Quoi que l’on puisse penser du texte lui-même, sa lecture m’a fait m’interroger sur l’éthique du traducteur et son rôle.

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Ne pas se substituer à l’auteur

Le rôle du traducteur littéraire n’est en aucun cas de se substituer à l’auteur. Traduire suppose d’aborder le texte sans jugement négatif ou a priori. L’auteur est un professionnel, qui a choisi tel synonyme plutôt qu’un autre, qui a privilégié des phrases courtes ou au contraire complexes, qui a adopté un niveau de langue soutenu ou bien familier… Il n’appartient pas au traducteur de juger ces choix, mais de les restituer le plus fidèlement possible dans sa langue maternelle.

Bien sûr, il lui faudra parfois s’éloigner du texte pour aboutir à un résultat fluide et idiomatique, notamment lorsqu’il doit traduire des jeux de mots ou des expressions qui perdraient tout intérêt si elles étaient traduites trop littéralement. On dit souvent, en traduction, qu’il ne faut pas retranscrire les mots mais leur impact sur le lecteur.

Assumer son travail

Dans le domaine technique, les enjeux sont différents mais le rôle du traducteur reste le même. Il nous arrive fréquemment d’être confrontés à des textes où la technicité prend le pas sur le rédactionnel, au détriment de la qualité. Dans ce cas, il faudrait idéalement faire remonter les incohérences du texte source à notre client pour qu’il puisse améliorer le matériau de départ. Malheureusement, ce n’est pas toujours possible, pour des questions de délais ou de mauvaise volonté. Dans tous les cas, un texte mal rédigé ne justifie pas une traduction bâclée. Le traducteur indépendant engage sa réputation sur chaque traduction et ne devrait accepter que des tâches dans lesquelles il peut exceller. Si l’on estime que le texte de départ est d’une qualité trop exécrable et que le client refuse de l’entendre, il vaut mieux passer son chemin plutôt que de rendre une traduction ignoble et d’en rejeter la responsabilité.

Dans le même ordre d’idée, un travail mal payé engage notre réputation tout autant qu’un autre. Ce n’est pas parce que le client me propose des tarifs honteux et que je les accepte pour payer mes factures que cela me dédouane de ma part de responsabilité. Nous nous devons, en tant que professionnels, de livrer un travail de qualité en toutes circonstances.

Rester professionnel

Enfin, ce métier demande beaucoup d’énergie. Trouver des clients, se casser la tête sur un bout de phrase, envoyer les factures, se former… Inutile d’ajouter à cette charge de travail le fait de se plaindre publiquement de vos clients sur un forum. Ou de parler en termes peu élogieux du style de l’auteur que vous devez traduire. Cela fera ressortir que vous êtes vindicatif, peu fiable, que vous n’assumez pas vos responsabilités et/ou que vous craquez facilement sous la pression.

Pour aller plus loin : Revue Traduire, n°479, sur le rôle du traducteur et son rapport à la dimension étrangère du texte

NB : Les commentaires ne devraient pas servir à pointer du doigt tel ou tel collègue. J’ai pris l’exemple de Jean Sola car sa traduction me paraît effectivement lacunaire mais je ne prétends pas connaître les conditions dans lesquelles il a travaillé ou son œuvre de traducteur de manière générale.

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