Les préjugés sont parfois tenaces. En tant que traductrice, je ne compte plus les fois où je me suis retenue de lever les yeux au ciel lorsque mon interlocuteur a énoncé un lieu commun sur mon métier. Mais après tout, chacun le sien, de métier. A nous de faire preuve de pédagogie et de faire connaître notre activité !

Comme c’est plus drôle de partager, voici un petit article sur des idées reçues qui reviennent régulièrement dans mes conversations.

 

Idée reçue n°1 : Le traducteur vit dans une grotte.

Exemple : « Ah non, mais traducteur, c’est pas un métier pour moi, je ne pourrais pas rester seul toute la journée comme toi. »

Certes, mon métier ne m’impose pas d’aller au contact des gens, comme c’est le cas pour un commercial ou une hôtesse d’accueil. Il m’arrive donc de passer plusieurs jours d’affilée sans voir personne d’autre que mon conjoint.

Mais pour réussir, un traducteur indépendant doit forcément rencontrer des gens. C’est grâce à cela qu’il tisse un réseau, qu’il crée un lien personnalisé avec ses clients, qu’il prospecte de nouveaux clients, qu’il engrange de nouvelles connaissances…

 

Idée reçue n°2 : Tout le monde peut traduire.

Exemple : « Nous n’avons pas besoin de vos services, merci. Nous faisons traduire nos plaquettes par notre stagiaire/secrétaire. »

Si votre stagiaire est étudiant(e) en traduction, pourquoi pas. Par contre, si il/elle étudie l’informatique/la biologie/le droit, etc. et que vous lui avez refilé les plaquettes en partant du principe que toute personne de moins de 30 ans, encore dans le circuit scolaire, est forcément bilingue, vous jouez avec le feu. Idem pour votre secrétaire, qui est certainement très compétent(e) mais dont ce n’est pas le métier.

Dans le même ordre d’idée, on trouve les gens qui sont surpris qu’il faille payer pour avoir une traduction… (ben oui, puisque sa stagiaire ou son neveu en sont capables, c’est que ce n’est pas un vrai métier, CQFD)

Pour plus de précisions sur les dangers de cette idée reçue, cf. Traduction, faire les bons choix

 

Idée reçue n°3 : Le traducteur peut traduire tout et n’importe quoi.

Exemple : « J’ai un rapport sur la physique quantique à traduire en espagnol. »

N’y connaissant déjà rien à la physique quantique en français, je ne risque pas de m’y connaître mieux en espagnol. Et un bon traducteur ne traduit que vers sa langue maternelle (cf. Les questions à poser en début de projet).

 

Idée reçue n°4 : Le traducteur ne mange pas, ne dort pas, ne vit que pour son métier.

Exemple : « J’ai besoin de cette traduction de 5000 mots pour lundi, 8h. Nous sommes vendredi soir, ça devrait aller, non ? »

Non. Je peux accepter, sous certaines conditions, de sacrifier mon weekend, donc ma vie sociale et de couple, pour traduire ce texte si urgent. Il n’y a rien de mal à cela, chaque traducteur fixe les limites de ce qu’il juge acceptable.

Par contre, que le client présume, de sa propre initiative, que je suis forcément prête à faire ce sacrifice sans aucune contrepartie, c’est un problème. A plus forte raison si c’est notre premier contact.

Même chose pour les délais impossibles de 6000 mots par jour ou les relances désagréables parce qu’à 10h01, je n’avais toujours pas répondu à votre message de 9h52.

 

Idée reçue n°5 : Tous les traducteurs sont des traducteurs littéraires.

Exemple : « Ah, tu es traductrice ? C’est quoi le prochain bouquin que tu vas traduire ? »

J’adorerais avoir l’envergure d’un Jean-François Ménard ou d’une Françoise Wuilmart. Cependant, la traduction littéraire ne représente qu’une toute petite partie du secteur de la traduction.

Ceux d’entre nous qui ne traduisent pas de livres s’occupent de manuels, de rapports scientifiques, d’articles, de sites web, de logiciels, de jeux vidéo, de lettres privées, de thèses,  de bulletins d’information… Le monde de la traduction est vaste et fourmillant.

 

Idée reçue n°6 : Tous les traducteurs roulent en Porsche.

Exemple : « Ça doit rapporter, ça, la traduction. Tu te fais combien, 5000 euros par mois ? »

J’aimerais beaucoup. Non, vraiment. Malheureusement, j’en suis loin.

Encore une fois, il ne faut pas généraliser une profession qui exerce sous différents statuts, dans différentes conditions. Il y a de tout. Certains collègues désireux de prendre leur retraite angoissent à l’idée de ne pas arriver à joindre les deux bouts, après avoir travaillé pendant 40 ans pour un SMIC. D’autres parviennent à rembourser leur prêt immobilier en 10 ans, en plus de payer les études de leurs trois enfants et de partir en vacances à l’autre bout du monde (j’exagère à peine).

La profession n’étant pas règlementée, chacun fixe ses tarifs plus ou moins comme il l’entend. Ainsi, certains gardent toute leur carrière les mêmes tarifs qu’à leur arrivée sur le marché, par peur de perdre des clients s’ils haussent leurs tarifs, tandis que d’autres, à force de chercher de nouveaux clients plus lucratifs et de se spécialiser dans des domaines pointus et demandés, dégagent des revenus confortables une fois leurs charges payées.

 

Idée reçue n°7 : Les traducteurs sont toujours de mauvaise humeur.

Effectivement, après avoir subi, en une seule conversation, l’énoncé des 6 idées reçues précédentes (plus celles que j’ai dû oublier), le traducteur aura tendance à bougonner et retournera bien vite dans sa grotte, traduire le prochain tome du Trône de Fer et toucher ses 5000€ mensuels pour pouvoir se payer sa Porsche 😉

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