Je pose volontairement la question en ces termes. J’ai déjà lu des sujets de discussion intitulés Suffit-il d’être bilingue pour être traducteur ? et la nuance est, à mes yeux, de taille, puisque dans le deuxième cas, on part du fait que le traducteur est forcément bilingue.

Or, pas du tout. Enfin, pas selon ma définition du bilinguisme. Regardons d’abord celles de quelques dictionnaires :

bilingue larousse img
Définition du Larousse en ligne

 

 

 

blingue cnrtl img
Définition du Cnrtl

 

 

Voici la mienne :
bilingue, n. Personne s’exprimant dans et lisant une autre langue que sa langue maternelle avec autant d’aisance que dans cette dernière et possédant en outre une culture suffisante des pays dont il pratique la langue.

Cette définition, très complète, suppose quelques éclaircissements.

Prenons le cas de l’anglais, qui est la langue officielle de très nombreux pays (cinquante-trois, selon les chiffres de l’ONU). Difficile de dire que l’on est expert à la fois en culture australienne, britannique, américaine et sud-africaine. Pourtant, tous ces pays ont l’anglais comme langue officielle et la culture néo-zélandaise, pour moins répandue qu’elle soit, n’en est pas inférieure à la culture anglaise ou étatsunienne. De même, lorsque l’on s’intéresse à l’oral plutôt qu’à l’écrit, l’accent écossais est-il moins correct que l’anglais de la Reine ? Non. Pourtant, je suis incapable de prononcer les mots avec l’accent écossais et j’ai besoin d’un temps d’adaptation avant de comprendre facilement les Écossais lorsqu’ils s’expriment en anglais.

Arrêtons-nous à présent sur le terme « aisance ». Cette notion trouve une équivalence très forte en anglais avec l’adjectif « fluent », dérivé lui-même du verbe « to flow » (couler). Je parle très bien anglais, il m’arrive même fréquemment de penser dans cette langue, mais m’exprimer dans cette langue me coûte tout de même quelques secondes de réflexion supplémentaires par rapport à mon usage du français.

Conclusion : selon ma propre définition, plus exigeante que celle du Larousse ou du Cnrtl, je ne suis pas tout à fait bilingue, et encore moins trilingue (l’espagnol est ma langue faible, même si c’est à relativiser). Je suis bien certaine de ne pas être la seule et d’être malgré tout une bonne traductrice.

Pourquoi cet article ?

Tout d’abord, je suis convaincue qu’un traducteur n’a pas besoin d’être bilingue pour être compétent. La langue la plus importante, celle que l’on doit maîtriser sur le bout des doigts, c’est notre langue d’arrivée. Paradoxalement, il ne suffit pas d’être bilingue pour s’improviser traducteur.

Ensuite, il faut toujours faire attention aux termes que l’on utilise. Lorsque vous parlez de bilinguisme avec quelqu’un (client, recruteur, ami…), essayez de comprendre ce que ce terme recoupe pour votre interlocuteur, sous peine de créer un malentendu. Se mettre à la place des autres pour mieux les comprendre, c’est ça, la marque d’un bon traducteur !

Enfin, attention aussi à ne pas être trop prétentieux : l’immense majorité des traducteurs n’ont qu’une seule langue maternelle. Ce qui veut dire qu’il devrait y avoir très peu de personnes pouvant traduire efficacement dans les deux sens (anglais > français ET français > anglais). Or, j’en vois énormément sur les forums ou dans les annonces revendiquer qu’ils sont bilingues et qu’ils peuvent traduire dans les deux sens. N’hésitez pas à demander des éclaircissements avant de confier votre traduction à un professionnel !

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